Le Fil d’Ariane du jeune artiste réunionnais

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cropped-cropped-cropped-cropped-KM-Vinyl-1.pngPlutôt que de parcours du combattant, comme évoqué dernièrement par la JIR, je préfère le terme de Fil d’Ariane, d’abord parce qu’on parle de plaisir et pas de combat. Ensuite, si le simple fait de réfléchir, de comprendre, se renseigner pour pouvoir agir que certains qualifieront de combat, moi j’appelle ça la vie. Faite de projets, d’action, de réalisation, de satisfaction et de frustrations. Et de Fil d’Ariane il s’agit bien là car pour se retrouver dans ce labyrinth, il faut un guide.

Le jeune artiste devra avoir intégré quelques point essentiels avant de se lancer dans son projet musical. Il s’agit de plaisir partagé autant que de satisfaction d’égo personnel. Ce point pose rarement de problème chez les jeunes artistes que j’ai pu croiser. Ils veulent tous qu’on les aime.

Il devra intégrer le fait que c’est un plaisir qui va lui demander de collaborer avec d’autres personnes et considérer que son oeuvre de base ne peut exister si elle n’est le fruit de l’addition de plusieurs intelligences. Cela implique qu’il est curieux des autres et avance en confiance, et que cela finira en oeuvre collective, dont il sera le représentant.

Il devra avoir comme objectif originel de construire son projet en vue de le faire sur autant de scènes que possibles, bars, cabarets, fêtes locales, etc. qui lui permettront de conquérir son public. Le but ultime ce sont les moments de communication avec le public qui prend plaisir à vous voir sur scène…

Et tout ça, il devra aussi intégrer le fait que l’oeuvre finale ne génèrera quasiment aucun revenus, alors qu’elle lui aura coûté. Car, effectivement, il faut mettre la main à la poche, comme n’importe quel autre plaisir qu’on se fait dans une vie d’adulte, à commencer par la sacro sainte voiture. On n’hésite pas à dépenser beaucoup d’argent dans ce genre de plaisir, il en est de même pour la musique.
Par dessus tout, un artiste qui réussit, ici comme ailleurs, c’est un artiste qui a les pieds sur Terre et la tête sur les épaules. La méfiance n’est pas de mise, car elle empêche le partage et conduit à de mauvais choix. Elle traduit surtout une incompréhension totale de l’environnement de ce petit monde de la création musicale réunionnaise. Les seuls revenus que son oeuvre génèrera seront ceux des scènes, sous forme de billets vendus. Le public accepte d’acheter de la musique quand c’est pour une scène, mais plus sous forme de CD. La musique se regarde gratuitement sur YouTube et les revenus de la publicité sont très faibles.

Inutile donc de parler de combat quand il s’agit plutôt de jugeote et d’ouverture d’esprit.
La musique est un partage qui commence dès sa création et trouve son aboutissement sur une scène.

En tout cas, si l’objectif premier, c’est d’en vivre, c’est perdu d’avance.

Il faut se concentrer sur le contenu musical, poétique, sonore et visuel de l’oeuvre collective, accepter d’ouvrir sa vision à celle des autres, pour être fier du résultat et le porter devant autant de gens que possible. Être vu sur des scènes, les réseaux sociaux et créer ce contact direct.

Humilité, ouverture d’esprit, curiosité et confiance sont les composantes essentiels du talent…

Pascal AUBRY, président de KlaSs MetiSs